Revue de presse française

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RFI - Frédéric Couteau

Les opinions, les points de vue et les avis souvent divergents des éditorialistes et des commentateurs sur l'actualité française et internationale. Présentée par Frédéric Couteau du lundi au jeudi, par Norbert Navarro le vendredi et le samedi, ainsi que la revue de presse des hebdos le dimanche. Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

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Revue de presse française - À la Une: traitement de choc pour l’hôpital

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Le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre de la Santé Agnès Buzyn ont présenté hier le plan pour l’hôpital promis par Emmanuel Macron. « Un plan âprement arbitré jusque tard mardi soir, pointe Le Parisien. Un plan de la dernière chance puisqu’il fait suite à deux autres plans de 820 millions d’euros au total. 'Nous avons entendu' le malaise à l’hôpital, a commenté Edouard Philippe, assurant vouloir être 'à la hauteur des attentes' avec, parmi les douze mesures, une reprise d’un tiers de la dette des hôpitaux d’ici à 2022, soit une bouffée d’oxygène de 800 millions par an. En outre, 1,5  milliard d’euros d’argent frais seront injectés sur trois ans, dont 300  millions dès 2020. Soit une hausse des dépenses de santé autorisées pour l’hôpital de 2,4 % par rapport à 2019, au lieu des 2,1 % prévus, qui sera reconduite en 2021 et 2022, a promis Edouard Philippe. Enfin, 150  millions seront débloqués chaque année pendant trois ans pour financer les 'besoins au quotidien en investissements'. »

Au total, donc, plusieurs milliards sur trois ans : « Cela suffira-t-il à faire rentrer les blouses blanches à l’hôpital ? », s’interroge Le Parisien. Ce plan d’urgence pour l’hôpital a été bien accueilli par les hospitaliers, moins par les syndicats », résume Le Figaro. « 'C’est un plan ambitieux à effet immédiat', avec des signes très concrets montrant qu’on a été entendu. C’est une vraie bouffée d’oxygène sur le plan financier qui va permettre de casser la spirale d’économies permanente », s’est réjoui Frédéric Valletoux, président de la Fédération des hôpitaux de France. Mais, constate encore Le Figaro, « les annonces du Premier ministre n’ont pas convaincu le collectif Inter-Urgences, à l’origine du mouvement de grève. Il estime que ses revendications (arrêt des fermetures de lits, hausse des salaires de 300 euros net pour tous) n’ont pas été entendues et appelle à poursuivre la mobilisation les 30 novembre et 17 décembre. »

Bouffée d’oxygène ?

Et dans les journaux, les avis sont partagés…

On reste avec Le Figaro pour qui ce plan va dans le bon sens : « en quelques mois, le gouvernement a fait davantage que bien de ses prédécesseurs. La loi Ma santé 2022 commence à remettre de l’ordre dans notre système de santé, sans oser toutefois la grande remise à plat. Les derniers chèques, qui ne règlent pas, eux non plus, ses dysfonctionnements, desserreront temporairement l’étreinte financière sur l’hôpital. »

« L’effort a beau encore être jugé largement insuffisant, il n’en constitue pas moins une bouffée d’oxygène salvatrice, estime Le Républicain Lorrain, pour des services maintenus depuis si longtemps sous respiration artificielle. »

« Aux grands maux les grands remèdes, s’exclame Ouest France. C’est bien un traitement de choc qui a été présenté, hier (…). L’objectif est de redonner de l’oxygène à un système hospitalier au bord de l’asphyxie. Il fallait crever l’abcès. »

Emplâtre sur une jambe de bois ?

Non, lance pour sa part Le Midi Libre, « un simple anti-inflammatoire en guise de traitement. L’ordonnance présentée par le professeur Philippe ne suffira pas à sauver l’hôpital, affirme Le Midi Libre. De l’avis des spécialistes de la santé, les mesures annoncées par le Premier ministre vont à peine soulager les tensions internes avant un retour rapide de la fièvre sociale. »

« Beaucoup d’argent sur la table, reconnait La Nouvelle République du Centre-Ouest. Mais ni création de lits, ni embauches supplémentaires, au grand désespoir d’un personnel et de ses syndicats, pour le moins dépités hier. C’est dire si, ce qu’ils considèrent comme du saupoudrage, pourrait s’avérer être un piètre traitement face à la colère et aux mobilisations annoncées. »

« L’hémorragie n’est pas stoppée, tout au plus ralentie, déplore L’Humanité. L’austérité bête et méchante menace toujours une institution pourtant centrale dans le fonctionnement de notre société. »

Libération est sur la même ligne : « on jette encore un nombre respectable de millions dans la fournaise, sans être du tout sûr de circonscrire l’incendie à l’hôpital. Lequel pourrait bien s’étendre dramatiquement si ces concessions encourageaient les grévistes des transports et de quelques autres secteurs, qui entament le 5 décembre un arrêt de travail reconductible difficile à arrêter. (…) La conclusion coule de source : dans les semaines qui viennent, le Président joue son quinquennat. »

Iran : silence, on réprime…

A la Une également, la sévère répression en Iran…

« L’annonce d’une forte hausse des prix de l’essence a provoqué, vendredi, un mouvement de colère dans tout le pays. La réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre, relève Libération : arrestations, policiers tirant à balles réelles et accès à Internet coupé dès samedi. Selon Amnesty, plus d’une centaine de manifestants ont été tués. Téhéran, la capitale, est désormais quadrillée par les forces de l’ordre. »

Et « on craint désormais un bain de sang », souligne Le Figaro. « Le nombre de victimes pourrait être supérieur au bilan annoncé par Amnesty », affirme Nader Hashemi, le directeur des études moyen-orientales à l’université de Denver, cité par le journal. En effet, poursuit-il, « le blocage d’internet suggère que la République islamique a quelque chose à cacher (…) et la brutalité du régime iranien n’est un secret pour personne. »

Les Dernières Nouvelles d’Alsace renchérissent : « Les Gardiens de la révolution ont sorti l’artillerie lourde (plus d’une centaine de morts au bas mot) et verrouillé Internet. Cette mise sous cloche est une première et elle n’annonce rien de bon. L’incapacité du régime à se réformer et l’absence d’ouverture internationale vont inévitablement le conduire à durcir la répression intérieure dans un premier temps. Et à trouver une échappatoire en repartant à l’offensive sur la scène régionale dans un second temps. Pour ressouder une nation qui se déchire et qui menace, les dictatures n’ont jamais rien trouvé de mieux que de se colleter avec un ennemi. L’Iran n’a que l’embarras du choix. »

Les Français accros à leur smartphone…

Enfin, les Français seraient-ils accros à leur portable ? Eh bien oui…, affirme une étude dévoilée par Le Parisien.

« Lorsqu’ils se promènent dans la rue, tête baissée avec le plus souvent des écouteurs sur les oreilles et sans se préoccuper de leur environnement proche, on les appelle des 'smombies', les zombies du téléphone. Selon les résultats d’une étude réalisée par le cabinet Elabe pour Axa Prévention, les smombies sont partout… Cette tendance à l’hyperconnexion touche bien davantage de personnes qu’on pourrait le croire, affirme Le Parisien. Au saut du lit, 61 % des Français reconnaissent ainsi consulter leur mobile ou leur tablette avant de faire quoi que ce soit d’autre. Et le quotidien de ces accros suit le même rythme jusqu’au soir. (…) Les écrans s’invitent dans des moments de la vie où ils n’ont pas vraiment leur place, pointe encore Le Parisien. Au cours des repas de famille, pendant lesquels 38 % des Français admettent y jeter un œil, mais aussi aux toilettes, lieu choisi par 46 % pour s’isoler, smartphone sur les genoux ! »

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Revue de presse française - À la Une: Emmanuel Macron « maire de la commune France »

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C’est ainsi que s’est décrit Emmanuel Macron hier devant quelque 5.000 maires rassemblés à Paris pour leur 102e congrès.

« J’ai tant appris de vous ! » Emmanuel Macron a livré aux maires une vibrante déclaration d’amour, pointe Libération. « Hué et sifflé en 2017 lors de sa première participation à ce rendez-vous annuel, il avait dû sécher l’édition 2018, craignant un accueil plus froid encore. Il est vrai que les sujets de frictions ne manquaient pas. Très remonté contre le développement à marche forcée de l’intercommunalité décidé sous Hollande, la majorité des maires de France avaient été bousculés et exaspérés, rappelle le journal, par ce jeune président venu de nulle part, jamais élu et jamais candidat, cachant à peine son mépris pour le clientélisme et le conservatisme de bien des notables locaux. Deux ans après, changement de ton radical, pointe Libération. Le chef de l’Etat dit avoir été profondément marqué par ses dizaines d’heures de 'grand débat' avec les maires. De ces séances marathon au cours desquelles il s’est appliqué à faire la démonstration de sa maîtrise des dossiers locaux, Emmanuel Macron espère qu’elles auront permis de le débarrasser de son image de président des métropoles. La crise des gilets jaunes l’aurait ébranlé et même métamorphosé : c’en serait fini du culte de la verticalité et du mépris des corps intermédiaires. »

En effet, relève aussi Nice Matin, « celui qui se désigne comme le 'maire de la commune France' sait ce qu’il doit à ces notables à écharpes qui lui ont littéralement sauvé la mise, au plus chaud de la crise des « Gilets jaunes », quand la République tremblait sur son socle. L’expérience a changé le regard sur la société de ce Président élu à l’Elysée sans avoir jamais tâté le cul des vaches, pur produit d’une élite française biberonnée à la culture techno-centraliste qu’on enseigne dans les grandes écoles. Avec lui, poursuit Nice Matin, c’est toute la noblesse d’Etat qui a, soudain, eu la révélation de la réalité et des angoisses de l’autre France, qu’on dit 'périphérique', France des bourgs aux rideaux de fer baissés, des villages désertés par le service public. »

Plus de pouvoirs et plus d’argent ?

Il n’empêche, pointe L’Union, « les maires ne sont pas dupes et s’ils acceptent un peu de 'calinothérapie', apprécient la considération que l’Élysée leur témoigne, ils attendent plus du président de la République. S’il s’est comporté devant eux comme le garant des institutions et de la séparation des pouvoirs, ils jugeront l’exécutif sur ses actes, et nourriront leur prochaine campagne électorale, à partir des exigences renouvelées concernant l’équilibre nécessaire entre Paris et les territoires. Il est patent qu’ils attendent qu’on leur confie plus de pouvoir réglementaire et qu’on ne les asphyxie pas pécuniairement pour mieux leur tenir la main. Le chef de l’État s’est bien gardé d’aller sur ce terrain glissant. Il laisse au Premier ministre le soin de parler des sujets capables de fâcher. »

D’autant que les municipales approchent… Et c’est aussi pour cela qu’Emmanuel Macron s’est voulu rassurant et conciliant avec les maires…

En effet, remarque Le Journal de la Haute-Marne, « si l’objectif premier n’était pas de redonner l’envie à ceux qui peinent encore à se décider (à se représenter), il n’aura tout de même pas oublié de parler décentralisation et pratique du mandat au quotidien. En tentant de rassurer. Mais en filigrane bien sûr, Emmanuel Macron a cherché à faire ou refaire des maires des alliés. Quelque part, même, des relais de sa politique. Il subodore sans doute, conclut le quotidien champenois, que les prochaines municipales seront particulièrement compliquées pour La République en marche et prend (ainsi) les devants… »

Réforme des retraites : le casse-tête

A la Une également, le débat sur les retraites…

Le 5 décembre prochain, dans une quinzaine de jours donc, la SNCF et la RATP seront en grève contre la réforme des retraites envisagée par le gouvernement.

« Les Français s’attendent à de grandes difficultés dans les transports le 5 décembre, pointe La Croix. Voire les jours suivants. Vélo, télétravail, location de voiture…, chacun tente d’ores et déjà de trouver la parade. »

Et en attendant cette journée de mobilisation pour les uns et de galère pour les autres, le débat se poursuit… Débat autour de la question suivante, relève La Croix : « comment égaliser les règles de retraite entre tous les Français au sein d’un régime unique dans un contexte où des efforts supplémentaires vont être nécessaires pour que le système soit durablement équilibré ? Pour sortir de ce dilemme, estime le journal, il sera sans doute inévitable d’en passer d’abord par la clause dite 'du grand-père'. En clair, le système unifié ne concernerait que les nouveaux entrants sur le marché du travail, les régimes spéciaux s’éteignant au fur et à mesure des départs à la retraite des aînés. (…) En même temps, poursuit La Croix, il paraît logique que les prochains retraités prennent leur part du coût que représente l’allongement de la vie afin de ne pas tout laisser à la charge des jeunes cotisants, de moins en moins nombreux. Le relèvement de l’âge effectif du départ à taux plein devra donc vraisemblablement se poursuivre. Ce qui n’interdira pas de partir plus tôt mais à condition d’accepter une pension un peu plus faible. C’est ainsi que l’on pourra assurer demain la solidarité entre les générations. »

Toutefois, attention, prévient Libération, si l’espérance de vie globale a bien augmenté, les disparités entre pauvres et riches persistent… « Pour faire court, pointe Libé, les pauvres vivent nettement moins longtemps que les riches, les ouvriers moins que les cadres ou les enseignants. Si bien qu’une règle unique - philosophie du système 'à points' proposé par le gouvernement - s’appliquerait à des situations disparates. L’uniformité semble plus équitable. En fait, elle recèle une grande part d’injustice. Il n’est qu’une solution pour sortir de l’imbroglio, estime Libération : ouvrir ou étendre la négociation sur la 'pénibilité' des tâches, manifestement particulière à chaque profession, et même à chaque tâche à l’intérieur d’une même profession. A métier dur, retraite plus précoce. Le Medef ne veut pas en entendre parler, fustigeant 'l’usine à gaz' de la pénibilité. Certes. Mais, s’interroge Libération, est-ce bien le Medef qui doit décider de la réforme ? »

Les Misérables, film-événement

Enfin, mercredi jour des sorties cinéma en salles, avec cette semaine un film très attendu : Les Misérables de Ladj Ly qui a remporté le prix du jury à Cannes et qui représentera la France aux Oscars en février.

Et la presse est partagée… « On a jamais vu la banlieue comme ça », s’esbaudit Le Parisien. « 24 ans après La Haine, de Mathieu Kassovitz, et 14 ans après les émeutes qui avaient suivi la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, c’est le long-métrage le plus puissant qu’on ait vu sur la banlieue. »

Le Figaro est moins enthousiaste : « l’énergie vitale qui parcourt ce film d’un bout à l’autre ne sauve pas l’intrigue d’une noirceur sans nom et d’un pessimisme sans fond. Il a valeur d’avertissement dans la société actuelle. »

Enfin, pour Le Monde, « Ladj Ly met en scène avec justesse vingt-quatre heures de la vie d’une cité de Seine-Saint-Denis. (…) Une dose d’adrénaline inusitée dans le cinéma français. Les Misérables se tient au point de rencontre entre Victor Hugo et Spike Lee, dont jailliront des étincelles éblouissantes. »

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Revue de presse française - À la Une: pression maximale à Hong Kong

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« La scène semble sortie d’un film de Bruce Lee, s’exclame Le Figaro. Dribblant les projecteurs de police striant la nuit de Hong Kong, des corps frêles bravent l’apesanteur, en s’agrippant à des cordes, au-dessus d’une passerelle d’autoroute. Ils descendent en rappel à la hâte, suspendus dans la jungle urbaine, et sautent sur le macadam. Là, une moto surgit et embarque les fugitifs, prenant la police antiémeute de vitesse, pour disparaître sur la bretelle d’autoroute, slalomant entre les gratte-ciel de Kowloon. Grâce à cette manœuvre culottée, une poignée d’étudiants ont réussi à s’échapper hier soir du campus de l’université polytechnique de Hong Kong, assiégé par les forces de l’ordre, nouvel abcès de fixation dans la grave crise politique qui agite l’ancienne colonie britannique depuis six mois. »

Commentaire du Figaro : « La crise à Hong Kong semble approcher d’un dangereux point de rupture. Des menaces de couvre-feu et de tirs à balle réelle sont brandies par la police alors que les manifestants armés de briques, d’arcs et de flèches durcissent la confrontation. Un règlement de comptes façon OK Corral se profile autour de l’université polytechnique : s’il s’agit du dernier acte de la révolte entamée il y a six mois, Pékin est bien parti pour l’emporter. »

En effet, pointe encore Le Figaro, « la stratégie du boa constrictor a porté ses fruits. Des quelque deux millions de Hong­kongais qui défilaient en juin pour la défense de la démocratie, il ne reste que cinq ou six cents jeunes radicalisés, encerclés dans une nasse où les renvoient les forces de l’ordre lorsqu’ils tentent de s’en échapper. »

Pékin prêt à intervenir

Désormais, relève Libération, « le spectre d’une intervention de l’armée chinoise sur le territoire hongkongais, et d’un remake du massacre du mouvement démocratique de Pékin sur la place Tiananmen en 1989, impensable il y a quelques semaines, est dans toutes les têtes. Hier lundi, l’ambassadeur chinois à Londres, Liu Xiaoming, a prévenu que Pékin ne "resterait pas sans rien faire" si la situation devenait "incontrôlable". La sortie dans les rues, samedi, de soldats chinois de la garnison locale de l’Armée populaire de Chine, un fait rarissime, a sonné comme un avertissement. La police a également annoncé qu’elle tirerait à "balle réelle", et ostensiblement sorti ses fusils AR15. (…) Selon le professeur de sciences politiques Chow Po Chung, interviewé par Libération, cette stratégie d’escalade pourrait avoir pour but l’annulation des élections locales prévues le 24 novembre : des centaines de jeunes issus du mouvement pro-démocratie s’y présentent. S’ils l’emportent, ils auront le pouvoir d’élire le chef de l’exécutif. Ce que Pékin veut à tout prix éviter. »

La pression monte aussi en Irak…

On reste avec Libération qui nous emmène sur un autre lieu de contestation : Bagdad, la capitale irakienne, dont le centre est occupé depuis maintenant un mois par des milliers de protestataires.

Des centaines de tentes ont été dressées : un « campement géant, en plein cœur de Bagdad, soustrait à la circulation automobile comme à la présence policière, relate le journal. De la grande place Tahrir qui n’a jamais mieux porté son nom de "libération", il déborde sur les avenues, les jardins et les souterrains environnants. Des milliers de protestataires occupent les lieux en permanence. Des dizaines de milliers d’autres, engagés ou soutenant le mouvement, y passent tous les jours. Entrée dans sa quatrième semaine, la contestation en Irak ne cesse de gagner du terrain, du soutien et de la détermination, rapporte encore Libération. La grève générale de dimanche a été très largement suivie par les fonctionnaires, étudiants, enseignants et les professions libérales qui ont grossi les rangs des manifestants, à Bagdad comme dans d’autres villes du sud du pays. »

L’exaspération des Irakiens est facile à comprendre, pointe Libération : « Seize ans après la chute de Saddam Hussein, deux guerres civiles, des attentats à répétition, plus meurtriers les uns que les autres, le retrait des troupes américaines en 2011, une occupation partielle du territoire par l’État islamique, des gouvernements plus ou moins fantoches et en tout cas défaillants et corrompus, le peuple irakien se retrouve derrière ce slogan : "On veut un pays." Une revendication à la fois simple et vertigineuse, s’exclame Libération. Simple au point de rassembler au-delà des clivages communautaires entre sunnites et chiites qui structurent pourtant le pays. Simple au point de vaincre la peur de la répression du régime. Simple au point de mettre à distance les deux puissances qui ne sont jamais loin du théâtre irakien : les États-Unis et l’Iran. Vertigineuse tant le chemin vers la constitution d’un État libre et indépendant semble pavé d’obstacles. Vertigineuse tant on se demande justement quel rôle les deux puissances en question jouent ou s’apprêtent à jouer devant ce printemps en novembre. »

Le drame de Mirepoix-sur-Tarn

En France, « pont mortel », lance Le Midi libre en première page avec cette photo saisissante du pont suspendu de Mirepoix-sur-Tarn qui s’est effondré hier, faisant deux morts.

« Des tonnes de gravats qui gisent dans l’eau, relate La Dépêche du Midi, des câbles qui pendent dans le vide et un ouvrage de béton dispersé comme un fragile château de cartes. Il y a aussi ces bataillons de secouristes qui vont et viennent sous le regard des habitants incrédules. C’est à une véritable scène de désolation que l’on assiste à Mirepoix-sur-Tarn, en Haute-Garonne. »

« A qui la faute ? », s’interroge La Dépêche. Il y a peut-être la vétusté du pont construit en 1931, mais aussi et surtout le poids-lourd de 44 tonnes qui s’est engagé sur l’ouvrage, alors que son accès était interdit aux véhicules de plus de 19 tonnes…

Il n’empêche, certains commentateurs voient dans ce drame comme le signe d’une certaine déliquescence de l’État…

« La rupture de Mirepoix ne doit pas être réduite à un drame isolé ou à l’erreur éventuelle d’un individu, affirme ainsi Le Courrier picard. Au-delà du symbole facile d’un pays qui se lézarde, elle est une nouvelle alerte majeure. Comme une société, un pont repose sur de solides fondations, des piliers résistants, et un tablier stable. Pour tenir ensemble face aux aléas, tout est conçu avec des marges de tolérance. Quand elles n’existent plus, la priorité est d’agir vite pour réparer ce qui flanche avant qu’il ne soit trop tard… »

Les Dernières Nouvelles d’Alsace renchérissent : « Le symbole du pont rompu reste d’une portée émotionnelle forte. L’effet est ravageur sur ceux qui doutent de l’implication de l’État dans les affaires locales. Les maires n’ont de cesse de regretter leur impuissance à traiter tous les dossiers échoués sur leurs bureaux. Une catastrophe comme celle arrivée sur le Tarn contribue à nourrir la conviction qu’un fossé sépare deux rives de la République. D’un côté, l’Élysée intouchable, où tout se décide. De l’autre, les mairies au contact des faits, où toute la vie citoyenne se cristallise. »

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Revue de presse française - À la Une: Gilets jaunes, an II

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Moins de 30 000 manifestants ce week-end pour le premier anniversaire du mouvement des Gilets jaunes et encore et toujours des violences…

Le Figaro s’insurge : « cortèges, caillassages, saccages : la triste litanie qui a accompagné des mois durant les rassemblements des Gilets jaunes, a de nouveau résonné ce week-end. Non pas que le mouvement, qui prétendait mobiliser ses troupes à l’occasion de la date anniversaire de sa naissance, ait fait le plein. Non, ce qui restera de cet anniversaire - plus que la colère et la frustration de ces manifestants sans leaders ni slogans - c’est bien la violence des black blocs ; le déchaînement, désormais quasi rituel, de ces ombres cagoulées habitées d’une inextinguible soif de destruction. »

« Du jaune des gilets, il ne reste plus aujourd’hui que le noir de la haine et de la violence, renchérit L’Eclair des Pyrénées. D’où l’omniprésence policière qui n’est pas parvenue à empêcher les exactions de quelques fous furieux pour lesquels l’autre, surtout s’il travaille, ressemble à un ennemi. »

« Le compteur officiel de la mobilisation s’est bloqué avant 30 000, insiste La Charente Libre, très en dessous du seuil critique. Ne restent donc que les affligeantes images de combats de rue entre les gladiateurs de la police et les agitateurs professionnels. Bien sûr, on s’habitue. Mais cette pluie de lacrymogènes et cette répétition de dégradations stupides abîment à chaque fois le lien social. »

Vers une convergence des luttes le 5 décembre ?

Attention, tranche L’Opinion, il ne faut pas retenir que la violence… « Il ne faudrait pas, un an après, oublier que la crise des Gilets jaunes est aussi une crise de confiance envers le pouvoir central et les élites parisiennes ; qu’outre la justice fiscale et sociale, ces Français ont réclamé une plus juste répartition de l’attention. A trop se focaliser sur la violence, on minore, estime L’Opinion, l’affaiblissement comme la persistance de la mobilisation. Et l’on court à nouveau le risque de voir certains intenter un procès en "invisibilisation" à Paris, de renforcer leur défiance vis-à-vis de piliers de la démocratie et de raviver des braises qui commençaient difficilement à s’éteindre. »

C’est vrai, renchérit L’Humanité, « 4 personnes sur 10 se disent encore "révoltées" par la situation économique et sociale, malgré les milliards allongés par Emmanuel Macron, qui n’étaient qu’un arrosoir et une réponse conjoncturelle pour sauver la structure. L’addition des colères ne se dément pas. Ajoutons que la peur a peut-être, depuis, changé de camp, estime le quotidien communiste. [...] Cette grande peur d’une "coagulation" et d’une "convergence des luttes" en vue du 5 décembre, qui pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre. De plus en plus de Gilets jaunes l’évoquent ouvertement désormais : "Tous ensemble, le 5 !" Cette peur est donc là, visible, elle tenaille l’exécutif et ses thuriféraires. »

Macron caresse les maires dans le sens du poil…

C’est dans ce contexte tendu sur le front social qu’Emmanuel Macron va prononcer un discours demain à Paris devant le 102e congrès de l’Association des maires de France…

« Macron cherche l’idylle avec les édiles », titre Libération. « Sa présence, contrairement à l’an passé, à ce congrès des maires de France est une preuve supplémentaire de l’urgence présidentielle à faire dans la proximité, pointe Libération. Il reste à convaincre les Français que cette prise de conscience ne cache pas qu’une sincérité fabriquée. »

« Un an plus tard, la donne n’est plus la même, relève Ouest-France. Les Gilets jaunes sont passés par là et c’est sur les maires, qui incarnent "la République du quotidien", qu’Emmanuel Macron a choisi de s’appuyer pour renouer le dialogue avec le pays. C’est avec des maires de Normandie qu’il a lancé le Grand débat national et des maires des Côtes-d'Armor qu’il l’a conclu. En se rendant dans la Marne la semaine dernière, où il a assisté au conseil municipal d’Épernay, en annonçant sa participation au congrès des maires demain et la tenue d’une nouvelle réception en leur honneur mercredi, à l’Élysée, il continue à les soigner. »

Et pour cause, s’exclame Le Midi Libre, « pour Emmanuel Macron, c’est une bouée de sauvetage. Ils sont les élus de la République les plus nombreux et les plus aimés des Français : nos amis les maires. [...]Ce fut son coup de maître en 2019. Comprendre que son salut passerait par les élus de terrain, ceux-là mêmes qui crédibilisent encore la cause politicienne. Forcément, prévient Le Midi Libre, il ne faudra pas les décevoir en s’avançant devant eux demain lors leur congrès. »

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Revue de presse française - À la Une: la «Mission impossible» de Barkhane dans le Sahel

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C’est le désert. Sur la photo, cinq hommes, quatre en armes, des militaires français en tenue de combat, et un homme à genoux, habillé de bleu, que les soldats de Barkhane tiennent en respect pour vérifier, manifestement, s’il s’agit ou non d’un terroriste.

Ce cliché, qui occupe l’intégralité de la Une du journal Le Parisien Dimanche, a été pris au début du mois au Burkina Faso, lors d’une « opération de ratissage » conjointe des militaires burkinabè et français aux abords de Tofagala, où ce que ce journal appellent sans plus de précision les « services de renseignement français » ont signalé la présence de « plusieurs djihadistes [...] Les habitants du hameau ne les connaissent pas. Un vieil homme explique, terrifié, que ces étrangers sont venus pour "palabrer"», relate Le Parisien Dimanche.

Lequel journal, photos et infographies à l’appui, raconte « la traque des djihadistes au Sahel », la « chaleur suffocante (qui) use ces fantassins du 16e bataillon de chasseurs à pied » entre Mali, Niger et Burkina. Mais la France « n’a pas le choix, estime Le Parisien Dimanche. Aux confins de ces pays, des illuminés de dieu [...] tentent de construire un nouveau califat [...] Comme en Afghanistan, en Irak, en Syrie, ou en Europe, énonce encore ce journal. Une guerre qu’il est impossible d’abandonner », estime-t-il, martial…

La justice au défi des violences conjugales

En France, un rapport officiel pointe les failles de la justice française face aux violences conjugales, rapport que le ministère de la Justice met en ligne aujourd'hui et que révèle Le Journal du Dimanche. L’Inspection Générale de la justice, qui a été chargée il y a cinq mois de mener une mission sur les homicides conjugaux et tentatives commis en 2015 et 2016 et définitivement jugés, pointe en effet « l’insuffisance » des réponses judiciaires au « fléau » des violences conjugales, relève Le JDD.

Dans cet hebdomadaire, la Garde des Sceaux admet que la chaîne pénale n’est « pas satisfaisante ». Nicole Belloubet y évoque quelques pistes de réponses à ces failles de la justice, telles que « l’hébergement des conjoints violents » ou la levée du « secret médical » si nécessaire.

L’artiste et son œuvre

Et ce débat, Norbert, a en effet été d’autant plus à la Une cette semaine en France, qu’il a été scandé par « l’affaire Polanski », du nom du célèbre cinéaste, Roman Polanski, dont le dernier film, J’accuse, est sorti en pleine polémique mercredi dernier sur les écrans en France, cet artiste de renom ayant auparavant une nouvelle fois été accusé de viol.

Justement, ce film, faut-il « y aller ou pas ? », se demande La Croix L’Hebdo. En vain, cet hebdomadaire tente de vérifier s’il est ou non possible de distinguer l’artiste de son œuvre – autre débat qui a agité la semaine en France. Dans cet hebdomadaire, la philosophe Carole Talon-Hugon déclare : « Tout se passe comme si, par capillarité, la malignité de l’homme contaminait sa création et la condamnait. À ce jeu-là, faudrait-il vider les musées d’œuvres de Gauguin, qui avait séduit deux fillettes de 13 ans pendant son séjour à Tahiti ? Retirer des bibliothèques les livres de Céline, dont l’antisémitisme tomberait aujourd’hui sous le coup de la loi ? ».

Dans ce journal toutefois, la porte-parole de l’association Osez le féminisme rétorque : « Dans le cas de J’accuse, Roman Polanski, lors de la promotion, a établi un parallèle entre l’erreur judiciaire subie par Alfred Dreyfus et son propre parcours ». Céline Piques, c’est son nom, s’indigne que cet artiste « utilise sa vitrine médiatique pour susciter la bienveillance du public. Aurait-on la même indulgence envers un criminel lambda ? [...] Continueriez-vous à acheter votre baguette chez votre boulanger, accusé de viol, même si son pain est très bon ? C’est comme si les artistes bénéficiaient d’une impunité », s’indigne-t-elle dans La Croix L’Hebdo.

Et elle n’est pas la seule. Dans M, le magazine du journal Le Monde, l’universitaire franco-américaine Iris Brey ne dit pas autre chose : « Il est difficile, selon moi, de séparer l’homme de l’œuvre quand l’homme utilise son œuvre pour asseoir son pouvoir sur certaines femmes ». Selon cette spécialiste de la représentation du genre et des sexualités au cinéma, « l’affaire Polanski et emblématique. En France, on n’a pas eu de discussion post-#Metoo, on n’a pas voulu avoir notre Weinstein, le système a voulu protéger les artistes et leurs œuvres. Les victimes ne peuvent pas être entendu ». Iris Brey pointe « le manque de politisation du milieu du cinéma, souligne que « séparer l’artiste de l’œuvre est un privilège réservé aux hommes. On n’a pas de scrupules à évoquer la vie privée, l’orientation sexuelle d’une femme réalisatrice pour expliquer son travail, mais l’attrait de Polanski pour les adolescentes, par exemple, n’est pas étudié par les critiques », déplore-t-elle dans le magazine M.

Les « gilets jaunes », ou la vertu de soulèvement

En France, les casseurs se sont invités hier à Paris à l’anniversaire des « gilets jaunes ». Les principales violences se sont concentrées Place d’Italie, dans le 13e arrondissement de Paris, où, les casseurs ont notamment « détruit une stèle en hommage à l'armée d'Afrique venue libérer la France de l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale », pointe Le Parisien Dimanche.

Mais au-delà des casseurs et des « gilets jaunes », « pourquoi les peuples se soulèvent », se demande l’hebdomadaire Le 1 ? Pour répondre à cette question, ce journal a demandé leur avis à des personnalités de tous horizons, et notamment à l’écrivain Laurent Binet.

Lauréat du grand prix du roman de l’Académie française pour son roman « Civizations » (Grasset), l’auteur du très remarqué « HHhH », prix Goncourt du premier roman en 2010, mais aussi de « La Septième fonction du langage » explique dans Le 1 que, pour que les peuples se soulèvent, « la qualité de l’étincelle n’a aucune importance ». Selon Laurent Binet, « tout mouvement qui pousse à la révolte et à l’insurrection populaire possède sa vertu en soi, qui mène, si le processus aboutit [...] à une régénération politique salutaire, selon le théorème formulé par Machiavel (transposable presque tel quel au système capitaliste mondialisé) : les buts du peuple sont plus honnêtes que ceux des grands, les uns voulant exploiter, l’autre ne plus être exploité », énonce-t-il dans Le 1.